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Nom du blog :
mareehaute
Description du blog :
"C'est pas ta faute si c'est la tempête, La marée haute, dans ta tête..."
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
13.03.2007
Dernière mise à jour :
21.03.2007
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Une aide inespérée...

Posté le 21.03.2007 par mareehaute
Comment faire quand on est paralysé par ce qui se passe dans sa tête ? Comment faire quand on ne se fait même plus confiance, qu'on n'est plus capable de penser rationnellement ou de ressentir pleinement ? Comment faire lorsqu'on se noie dans ses pensées ? Ceux qui vous savent en pleine détresse hésitent rarement à venir vous aider. La route de l'enfer est pavée de bonnes intentions.

[i]My enemies are all too familiar.
They're the ones who used to call me friend.[/i]
Jawbreaker - "Boxcar"

Alors que j'étais en pleine tempête, en pleine détresse personnelle, alors que je m'étais moi-même enfermé dans ma tête à l'intérieur d'une cage, de celles qu'on tient soi-même fermée, j'ai fini par en discuter un peu avec des amis. L'un d'eux, Pierre, car c'est mon meilleur pote, car je me couperai un bras pour lui et que je lui fais confiance comme à un frère. Les deux ou trois autres car ils étaient déjà plus ou moins au courant de la situation. Je n'ai pas osé en parler à d'autres personnes, même à ceux qui ont déjà pu vivre ou subir la même chose. Surtout par peur du regard, du reproche, des conséquences sociales, moi qui ai toujours tout fait pour être accepté des autres...

Ça fait du bien de parler, de pouvoir mettre des mots, quand on y arrive, sur ses problèmes. Même si je ne savais pas ce que j'allais décider, même si je n'avais aucune certitude à part que je ressentais des choses très fortes, des lames de fond qui me passaient à travers, même si j'étais dans l'inconnu le plus total, parler me rassurait un peu. Et c'est aussi un moment où on est très vulnérable. On dévoile nos faiblesses, nos peurs, nos doutes à des gens qui ne les subissent pas, qui ont un regard extérieur, qui ont leur opinions propres, leur morale...

J'en avais tout d'abord parlé à Pierre. Très tôt. Parce que j'avais besoin que ça sorte, je n'arrivai plus à nager dans les eaux de mon cerveau, j'avais besoin d'évacuer le trop plein. J'avais besoin de "mettre des mots sur les maux". C'est assez dur de décrire cette sensation qui a pourtant tellement duré. Ne pas savoir quoi faire. Ne pas savoir ce que l'on pense vraiment par soi-même et ce que l'on pense par habitude de faire plaisir aux autres. Renouer avec des sensations qu'on a toujours nié (car contradictoire avec ce que l'on croit que les autres attendent de nous) et ne pas savoir les reconnaître, les identifier, ne pas savoir quoi en faire. Ne pas trouver le courage d'assumer quoi que ce soit de tout ce fatras.

Et Pierre, passé la surprise, passé l'étonnement provoqué par toutes ces remises en question, c'est inquiété de savoir comment j'allais. Il a entretenu la conversation pour que je me livre. Bien sûr, ne sachant pas moi-même ce que je voulais vraiment (c'est assez terrible comme sensation de suspecter chaque idée, chaque pensée, de vouloir vérifier ses papiers pour savoir d'où elle vient vraiment...), je ne pouvais pas lui répondre. Mais il m'a répété plusieurs fois qu'il ne me jugeait pas, qu'il était là pour m'aider, que je ne devais pas hésiter à l'appeler si j'en avais besoin. Malgré le réconfort de ses paroles, tout cela n'appelait qu'à me remettre en face de mon inconfort, de mes incertitudes. Oui, il était là pour m'aider. Mais pas pour prendre les choses en mains, pas pour résoudre mes problèmes. Et là, dans le court terme, dans l'immédiat, je ne voulais pas plonger dans tout cet inconnu. J'avais besoin de sécurité, de certitudes. J'avais certainement envie qu'on me dise à nouveau ce que je devais faire.

Plusieurs autres personnes du même cercle d'ami ont également été mises au courant. Pas toutes par moi. Et certaines d'entres elles se sont tournées vers moi, comme dans les feuilletons, les yeux un peu tristes et les bras ouverts. "Oooh... Viens là !". Et il n'a pas fallu attendre longtemps avant d'entendre le premier avis. Sous des détours déguisés, entendre cette petite voix qui prétend affirmer ce qui est bon pour soi, cette petite voix qui pose doucement, comme une feuille d'or, un avis, une opinion, bref, un jugement sur votre histoire, sur vous. "Tu devrais", "tu sais que", "le mieux, c'est de"... Toutes ces petites phrases assassines, tous ces petits mots coupables.

Quoi que ce n'est pas exact. Ça n'a pas été le cas de toutes. L'une de ces personnes avait vécu quelque chose de quasiment identique et m'a fait part de son expérience de manière sincère. Il n'a pas tenté de maquiller ses "erreurs" (du moins les choix qu'il a par la suite regrettés), il n'a pas cherché à transformer ce qu'il avait vécu. Il a juste pointé du doigt les pièges que l'on se tend soi-même, il m'a juste mis en garde. A l'instar de Pierre, il n'a pas porté de jugement et ne m'a pas donné son opinion. Il m'a juste livré son vécu et s'en est servi pour mettre en évidence mes contradictions. Encore une fois, quelqu'un s'ingéniait à me mettre les rames dans les mains pour me permettre d'avancer. Mais là encore, je n'avais toujours pas de réponse, j'ignorai quelle direction prendre.

Et même si je savais, si j'ai toujours su que la réponse ne pouvait venir que de moi, je cherchai à nouveau le confort de me faire dire ce que je devais faire. C'est tellement plus simple de ne pas prendre de risque, de pouvoir dire "c'est pas de ma faute". Alors j'ai écouté plus longuement les sirènes qui me promettaient le bonheur, la solution, le miracle. Effectivement, c'était rassurant de les écouter. Sauf que je n'allais pas mieux après et que j'ai mis bien plus de temps à refaire surface.

Les amis sont ceux qui savent autant vous écouter que vous parler franchement et qui savent quand le faire. Et ils sont rares. Et précieux.



--

Les étapes du deuil

Posté le 16.03.2007 par mareehaute
C'est fou comme certains évènements mineurs peuvent tout transformer. Comment un métro raté ou attrapé peut modifier une journée. Comment un simple coup d'œil machinal avant de traverser peut sauver une vie. Comment le battement d'aile d'un papillon peut provoquer une tempête.

[i]You remain back to your land
I need your magic again[/i]
Noir Désir - "Back to you"

Le Deuil

Choc, déni : Cette courte phase du deuil survient lorsqu'on apprend la perte. C'est une période plus ou moins intense où les émotions semblent pratiquement absentes. C'est en quittant ce court stade du deuil que la réalité de la perte s'installe.

Colère : Phase caractérisée par un sentiment de colère face à la perte. La culpabilité peut s'installer dans certains cas. Période de questionnements.

Marchandage : Phase faite de négociations, chantages...

Dépression : phase plus ou moins longue du processus de deuil qui est caractérisée par une grande tristesse, des remises en question, de la détresse. Les endeuillés dans cette phase ont parfois l'impression qu'ils ne termineront jamais leur deuil car ils ont vécu une grande gamme d'émotions et la tristesse est grande.

Acceptation : Dernière étape du deuil où l'endeuillé reprend du mieux. La réalité de la perte est beaucoup plus comprise et acceptée. L'endeuillé peut encore vivre de la tristesse, mais il a retrouvé son plein fonctionnement. Il a aussi réorganisé sa vie en fonction de la perte.

(source : Wikipedia)

Il s'agit des étapes du deuil telles que les a définies Elisabeth Kübler-Ross.

Je n'ai pas à réfléchir longtemps pour y retrouver des parallèles avec ma propre histoire.

Je me rappelle très nettement la phase de choc, quand j'ai appris la mort de Léo. Ma sœur m'a appelé. Annonce. Anesthésie complète. Ce n'est que deux heures après, quand mes parents m'ont téléphoné que j'ai réalisé. Et que j'ai commencé à pleurer.

Je ne me rappelle pas avoir "marchandé", avoir réclamé son retour avant jusqu'à ces derniers temps. Mais je l'ai fait récemment. Avoir crié l'injustice de sa perte. Avoir réclamé de l'avoir rien qu'un peu plus.

La dépression a été comme de la famille. On se retrouvait à l'occasion, on se croisait de temps en temps mais, comme la famille, ça reste peu fréquent et ça ne dure pas. Surtout, je pense, parce que j'ai toujours su étouffer ce qui me dérangeait, j'ai toujours su enfermer dans le grand chaudron, au fond de ma tête, tout ce qui remet en cause le "bonheur tranquille" qu'est ma vie. Mais j'ai soulevé le couvercle de mon chaudron il y a peu. Et ça déborde. Pas moyen de le refermer. Alors je vis maintenant à bras le corps toute cette tristesse que j'ai refoulée.

Reste la colère que j'ai caressée du bout du doigt et qui a vite laissé la place à la culpabilité. Pour deux raisons. D'abord, qui suis-je pour reprocher sa mort à quelqu'un ? Surtout à Léo, je devrai m'estimer heureux d'avoir pu connaître quelqu'un comme lui. Ensuite parce que le jour où il est mort, il faisait des travaux dans un logement à quelques kilomètres de l'endroit où j'habitai. La semaine précédant ce samedi-là, je m'étais plusieurs fois fais la réflexion que j'irai le voir, que j'irai l'aider un peu. Et le jour venu, le manque de courage, une autre occupation ou je ne sais quoi d'autre m'a fait changer d'avis. Voilà. Tout bête comment certains évènements tiennent à peu de choses. Si j'y étais allé, il n'aurait certainement pas fait le geste qui a provoqué son accident. Le reste de la journée se serait déroulé d'une manière subtilement différente. Il aurait juste sursauté du retour de son outil au lieu de... Le battement d'ailes d'un papillon.

Voilà, il me reste encore un petit bonhomme de chemin avant d'arriver dans la douce tristesse de l'acceptation. En attendant, je vais continuer de pleurer encore sa mort. Car il me manque.

Je sais maintenant que je pleure encore la mort de Léo aussi pour ce que j'aurai voulu trouver chez mon père. Je pleure l'attention, l'écoute, l'amour que je ne trouve pas chez lui. Non pas qu'il ne m'aime pas, mais il ne l'a jamais "exprimé" (du moins pas comme j'aurai aimé le voir) et je me suis construit avec ce manque. Je me suis bâti avec des pierres manquantes. Je me suis construit avec la peur de déplaire, de ne pas être aimé, d'être inintéressant...

Bon. Inutile d'aller revendiquer ce dont j'ai toujours imaginé manquer, car il ne pourrait pas imaginer ce que je ressens, ce dont j'ai besoin. Non. C'est moi qui dois me construire maintenant. Voyons ce que j'ai à ma disposition pour remplir durablement les trous...

Je dois arrêter de me rappeler Léo comme les amputés se rappellent leur membre fantôme. Il faut que j'apprenne à prendre tout ce qu'il m'a donné. Il faut que je me serve de lui pour finir de me construire.

Merci Léo. Je t'aime.

S'accrocher aux autres

Posté le 15.03.2007 par mareehaute
Rien de plus naturel, quand on se noie, de se raccrocher à quelque chose ou à quelqu'un. Se saisir d'une main tendue ou d'une épaule offerte comme une bouée. Seulement, il faut savoir appeler à l'aide pour être secouru. Sinon, tout ce qu'on peut trouver à portée à quoi s'accrocher ce sont ceux qui font naufrage avec soi.

[i]Allez enfouis-moi
Passe-moi par dessus tous les bords[/i]
Noir Désir - "Les Ecorchés"

Ça ne va pas être pour aujourd'hui que je vais déborder de joie, je le sens. Pourtant ça paraît simple. Juste fais-le. Prends la vie du bon côté. Always look at the bright side of life. Carpe Diem. Ouais, tout ça... Tant pis, peut-être qu'en écrivant, en cours de route, je vais à nouveau être la personne super drôle que tout le monde connaît. Du moins, celle que j'ai toujours montrée à tout le monde...

Après avoir flirté avec la dépression, la vraie, la lourde, celle signalée par les 7 kilos perdus en 2 ou 3 semaines, certains problèmes de fonds ont été mis à jour. Marrant ça, comment un problème "isolé" peut mettre à nu d'autres problèmes jusque là soigneusement enterrés. Et une fois qu'on a enlevé ce bandeau sur les yeux et qu'on constate avec effroi qu'on s'est toujours employé à marcher en équilibre sur un fil, on ne peut plus le remettre ce bandeau, pourtant si rassurant.

C'est là que commencent la vraie tourmente, lorsqu'on se voit enfin au milieu de ce fil, qu'on se rend compte qu'on peut chuter au moindre geste. Tout allait très bien quand on ignorait les problèmes de fond, qu'on avait appris à composer avec, qu'ils faisaient partie de nous. Mais plus question de ça une fois les yeux ouverts. Comment continuer à se mettre soi-même en péril, comment continuer à s'infliger soi-même toutes les douleurs qu'on avait même appris à ignorer avant ? C'est là qu'on commence à se noyer. C'est là qu'on met en doute toutes nos certitudes. C'est là que j'ai remis en cause tous les choix que j'ai pu faire.

Alors que je m'étais engagé sur une voie pour résoudre ce "rebondissement" dans ma vie, ce premier problème, j'ai été rattrapé par tous les désordres avec lesquels j'avais toujours composé. J'ai été paralysé, j'ai fait machine arrière et me suis replié sur moi. J'ai été rattrapé par toutes mes craintes, par tout ce que j'avais construit pendant mon enfance, la peur de ne pas être aimé, la peur d'être rejeté par mon père, les questions incessantes sur ce que j'avais pu faire par choix réél auparavant... Et j'ai fini par me rendre compte que je ne savais pas vraiment ce que je ressentai. Dans ce cas, comment savoir ce que je voulai vraiment ? Même si j'éprouvai des émotions très fortes, de celles que je ne me rappelai pas avoir déjà ressenti, comment être sûr que tout était vrai ?

Et une fois qu'on est pris dans ce processus, une fois quon a la sensation de perdre pied en permanence, une fois que je me suis senti incapable de prendre la moindre décision sur quoi que ce soit, il arrive vite le moment où il faut reprendre sa respiration. Dans l'urgence, avant d'apprendre à nager, avant de rejoindre la rive, avant de monter à bord d'une embarcation,avant de penser à vivre, on se préoccupe de survivre.

Le choix est offert, les hommes ont tous les moyens inimaginaux à leur disposition pour évacuer le trop-plein, pour recracher l'eau dans les bronches en attendant mieux. Ils peuvent écrire, composer, peindre, interpréter, dessiner, etc. Tout ça permet de s'accrocher à quelque chose pour se maintenir la tête hors de l'eau. Ils peuvent crier à l'aide ou quelqu'un peut voir leur étrange bouée. Tant qu'ils peuvent continuer, rien n'est perdu.

Ou ils peuvent parler. C'est ce que j'ai fait. Parler, c'est s'accrocher à quelqu'un. Mais il faut avoir pu appeler à l'aide, il faut que quelqu'un ait entendu. Ou alors il faut quelqu'un, à proximité, qui se noie avec soi et s'accrocher à lui. C'est ce que j'ai fait.

Par peur d'être jugé, par peur de déjà devoir faire un choix que je ne pouvais pas faire, je me suis appuyé sur la personne avec qui j'avais plongé. Et je me suis servi d'elle pour me pousser vers le haut. Comment s'étonner après que cette personne ait remonté à la surface beaucoup plus loin, emportée par ses propres courants, après avoir attendue que je l'aide...

Il me reste aujourd'hui deux choix : replonger à l'eau, aller vers cette personne autant que j'y arrive et la tirer à nouveau avec moi dans l'eau ; ou attendre, monter sur la barque qui vient (peut-être) vers moi et si c'est ce que je veux, ramer vers cette personne et espérer qu'elle accepte de quitter ce qui l'a tirée hors de l'eau... Ouais... Qui a dit que ce n'était pas gagné ?

Je me demande s'il y a des olympiades de la métaphore la plus imagée... J'aurai peut-être mes chances...

l'art du grand Deuil

Posté le 14.03.2007 par mareehaute
"Connais-tu l'art du grand Deuil,
Cette science oubliée
Qui permet de jouer avec nos morts ?
Sais-tu user le souvenir d'un disparu,
Au lieu d'endurer son absence ?
Cher disparu ! Il surgit dans ton esprit
Pour que tu choisisses, au-dedans,
Entre le mourant et le vivant.
Cher disparu ! Il revient te hanter
Pour que tu chutes dans une larme
Ou que tu triomphes par un sourire.
Ecoute le grand Jeu !
RECHOISIS, EN SON NOM, TA VIE,
ET TU HONORERAS SA MORT.
Car honorer un mort,
C'est seulement être vivant grâce à lui.
C'est ainsi : les morts disparaissent
Pour que nous apparaissions.
Il nous laissent leur absence
Pour que nous affirmions notre présence.
N'évite pas les morts qui te sont chers.
C'est tout l'art du deuil :
Savoir se trouver par eux."

Bernard MONTAUD, extrait de "César l'Enchanteur"

Des noeuds dans le ventre

Posté le 14.03.2007 par mareehaute
Tout est une question de point de vue. Tout. A chacun de choisir comment il voit le monde. Que le point de vue soit bon ou non n'est pas important. Seul compte que selon l'angle utilisé pour regarder les choses, les faits, les gens, on peut tout interpréter selon son point de vue.

[i]You ought to know
Why you feel so hollow[/i]
Queens Of he Stone Age, "Everybody knows that you're insane"

Des pensées, des images, des... des... courants ou des flux, peut-être même des nœuds... Je ne sais pas comment définir ces sensations désagréables installées parfois dans certains points de mon corps. Tout cela, tout cet inconfort, entraîne (ou résulte ?) d'interminables questionnements. Ai-je sciemment choisis de ne pas choisir ? Quand serai-je capable de choisir ? Le serai-je un jour ? Sur quoi dois-je m'appuyer pour choisir ?

C'est là la grande force humaine consistant à se confronter autant que possible à ce que l'on n'est pas capable de résoudre, à appuyer là où ça fait mal, à vérifier en permanence de la langue que la dent coupable fait toujours souffrir. Peut-être que ça va se guérir tout seul, il faut vérifier ? Ah, non, là, ça fait encore mal... Ah, là aussi... Oui, là encore, c'est très douloureux...

Il serait si simple de vivre. Sans se poser de question.

Qu'est-ce que j'ai vraiment décidé par et pour moi-même jusqu'à présent ? Qu'est-ce que j'ai fait qui n'avait pas pour but de faire plaisir aux autres ? Pourquoi ai-je peur à ce point d'affirmer ce que je veux au point de ne même plus le savoir ? Comment mettre à nouveau des mots sur ce que mon corps me dit ?

Notre corps ne nous ment jamais. Jamais. Mais nous pouvons choisir ou non de l'écouter. Tout le monde a déjà ressenti les besoins de son corps, les besoins physiques - manger, boire, se soulager, dormir. Tout le monde a déjà ressenti les souffrances de son corps - reprendre son souffle, soigner une blessure, récupérer d'une douleur musculaire. Et notre corps sait aussi d'une manière plus générale si nous nous sentons bien ou pas. Les ulcères, la fatigue chronique, la perte d'appétit - tous ces symptômes physiques sont les signes d'un désordre mental.

J'ai tellement appris à donner aux gens ce qu'ils veulent avoir, dire ce qu'ils veulent entendre de moi, leur montrer le sourire qu'ils veulent voir sur mon visage que j'ai cessé d'écouter mon corps. J'ai soigneusement appris à éluder toute question dérangeante qui me venait à l'esprit. C'est très facile de se museler à l'intérieur, comme lorsqu'on met la main sur la bouche de quelqu'un pour l'empêcher de parler. Sauf qu'il n'y a personne pour vous en empêcher. J'ai maîtrisé la science de l'oubli de soi, au point que je m'inquiète de savoir d'abord ce que mon père va en penser, ce que ma famille dira, mes amis, mes collègues, avant de réfléchir sincèrement à ce que je veux, moi, pour moi.

Quel est mon problème ? Quel est donc le tourment qui m'agite ? Quel est ce choix que je ne sais pas résoudre ? Peu importe en fin de compte.

Il a juste donné un coup sur le couvercle que j'avais posé sur tout ça. Et maintenant que cette boîte de Pandore est ouverte, le problème en est presque devenu secondaire. Non, pas secondaire, mais conséquent. Une marche à la fois. Et ce choix est la marche d'après, de ces marches qu'on ne grimpe qu'une à une.

Tant que je ne serai pas "en paix avec moi-même" comme les héros le disent parfois si négligemment dans les films, je ne connaîtrai jamais la réponse à ce choix, alors même que cette réponse est peut-être déjà en moi. Tant que je ne saurai rien assumer face aux autres, je ne saurai en particulier pas assumer ce choix-là.

En attendant, je vais au moins essayer d'apprendre (quel défaitisme, non ? "essayer d'apprendre", comme si échouer était déjà une option réaliste...) à changer mon regard, arrêter de m'accabler de reproches (pourquoi ai-je agi ainsi ? pourquoi n'ai-je rien fait ?) et modifier mon point de vue.

Je me condamne pour ce que j'ai fait et ce que je n'ai pas fait. Tout cela a entraîné de la souffrance, et pas que pour moi, loin de là. Bon. Soit. Si j'avais eu du courage, si j'avais pu assumer mes décisions, j'aurai fait autrement ou peut-être même j'aurai répété certaines choses mais en sachant ces décisions miennes.

Ok, mais les choses sont comme elles sont maintenant et je ne suis pas capable de les changer dans l'immédiat. Soit. Et en attendant ? Et si je regardai ce qui m'arrive de bien dans la vie ? Et si je profitai du verre à moitié plein ?

Je le sens, ça ne va pas être facile. On ne change pas une équipe qui gagne... l'auto-apitoiement est une de mes spécialités, couplée à l'auto-condamnation. Cool.

Bon, maintenant, voyons ce que je sais faire d'autre...

Le début du vrac

Posté le 13.03.2007 par mareehaute
J'ai toujours eu l'impression indéfinissable, diffuse, insaisissable, de ne jamais rien avoir d'intéressant à dire à mon père. Il y a plein d'autres trucs dans cette veine là, comme le souvenir marquant des deux seules occasions où il m'a dit qu'il était fier de moi, d'une solennité à presque en exclure la sincérité. Ou la fois où quelqu'un, je ne sais plus qui, m'a fait des compliments à propos de mes études je crois, et où mon père a rajouté, avec le sourire, qu'il fallait pas trop en faire sinon j'allais chopper la grosse tête après. Ou l'impossibilité de me souvenir précisément d'une seule fois où il m'a dit qu'il m'aimait. Il a déjà du le faire, j'en suis quasiment sûr, mais je ne peux pas m'en rappeler. Après tout, je suis son "bonhomme", bien sûr qu'il m'aime...

J'aimerai pouvoir laisser tout ça derrière moi, accepter le simple fait que ça ne sert à rien que je me lamente sur mon sort, que mon père aurait pu être ci, ma mère ça, que j'aurai pu être autrement mais que quoi qu'il en soit, je suis ce que je décide d'être. Que donc, quelles qu'aient pu être les erreurs de chacun, il ne tient qu'à moi et à personne d'autre de décider de ne plus en tenir compte et d'aller de l'avant. Un enfant de 6 ans aurait une réponse toute simple : "si tu veux pas, t'a qu'à pas le faire." Si simple.

Malheureusement, le concept même de simplicité, qui a pourtant ici tous les atours d'une sirène qui me promet la paix, m'est inaccessible.

Tant que je n'aurai pas grandi dans ma tête, que je ne serai pas capable de m'arrêter 5 secondes et de dire "Ouais ? Eh ben merde, ça sera comme ça et pas autrement", je ne serai pas capable de reconnaître mes choix comme miens et d'assumer ceux que je ferai plus tard.

Alors il faut que j'apprenne à me nettoyer de tout ça sans tomber dans le reproche et la rancœur stérile. Ce qu'il a pu faire ou ce que j'ai pu en interpréter, il ne l'a jamais fait "avec intention de nuire". Il m'a même dit à plusieurs reprises qu'il fallait que je sois heureux. Et puis je l'aime, c'est mon père. Alors je ne vais rien gagner à lui mettre tout ça sous le nez. Il faut maintenant que je prenne un nouveau départ et que je change (avec lui) la nature de notre relation.

A la surface

Posté le 13.03.2007 par mareehaute
Le bonheur, c'est ce qu'on s'autorise, c'est dans la tête. Si deux personnes trébuchent, l'une en rira, l'autre se sentira victime du sort. Même si l'une a tout ce qu'elle souhaite et que l'autre a toutes les misères du monde, au moment où elles trébuchent, rien ne les distingue. C'est bien parce qu'elles trimballent dans leur tête leurs plaisirs et leurs peines. Être heureux, c'est ça. C'est savoir trier et garder le bon. C'est un état d'esprit. Donc sensible à de multiples variables.

J'ai toujours eu la facilité d'écrire librement, la possibilité d'écrire ce que je ne peux pas dire. C'est peut-être pareil pour tout le monde, je ne sais pas. Certainement, même. Ça doit être le "bouclier de la plume", en quelque sorte...

[i]C'est pas ta faute si c'est la tempête,
la marée haute, dans ta tête...[/i]
-M-, "C'est pas ta faute"

Je vais commencer dans le désordre, vu que c'est toujours comme ça que ça vient, comme ça que c'est. Et vu que c'est ce qui est actuellement à la surface. Mais je vais tâcher de tout écrire.

Léo.

Ecrire son prénom me faire remonter une petite boule dans la gorge.

Léo était mon oncle. Il l'était jusqu'à il y a bientôt 8 ans. Il l'était avant de mourir.

Léo était une "force", un roc, d'une solidité palpable. Il était lui. Il y avait en lui cette présence dans le présent, ce rapport tout simple au bonheur, au bonheur qui dépend de soi. Il n'espérait ni ne désespérait du futur, il profitait de l'instant. Et il m'écoutait.

Il m'écoutait quand je parlais, il m'écoutait avec bienveillance, il m'écoutait et il prenait en compte ce que je disais comme si ça avait autant d'importance que le reste. Il n'y avait rien de forcé, il ne cherchait pas à me faire plaisir, il ne cherchait pas à me ménager. Il le faisait car, j'en avais l'impression, je le sentais, il m'aimait. Pour moi. C'était là, c'était un fait, il avait une part d'affection sans réserve à mon égard qu'il avait toujours eu, un plaisir qu'il avait à parler avec moi comme avec les gens qu'il appréciait. L'art qu'il avait de m'inclure dans ce qu'il faisait quand j'étais là, sans que j'ai jamais eu l'impression qu'il se soit senti obligé de le faire.

Je ne sais pas exactement quand, je dirai en 1980 parce que ça sonne rond, il s'est installé avec sa femme et leur fille, dans le Sud. Non, c'était avant puisque mon cousin est né là-bas, en 1979, un an après moi.

Ils ont racheté une vieille bergerie (peut-être justement en 1980) dont il ne restait qu'une ébauche de mur et l'empreinte au sol, et ils l'ont patiemment remontée, pierre par pierre. Elle est (était, car elle est maintenant revendue) à 3 ou 4 kilomètres du village où ils habitaient. Pendant plus de vingt ans, ils y ont travaillé. Et ils y ont tout fait, des sols au mur. Surtout Léo, comme si cette maison avait toujours était dans sa tête et qu'il s'appliquait lentement à lui donner forme. Comme les tailleurs qui font apparaître les statues cachées sous la pierre superflue.

Un des étés de mon adolescence que j'ai passé là-bas (bon, en fait d'été, trois semaines au mois d'août pendant trois ou quatre ans à l'époque où ça a été important), j'avais une après-midi sans occupation. Léo m'a alors proposé, alors qu'il montait à la bergerie, de venir avec lui, histoire de. Et là, tout naturellement, pendant qu'il travaillait, il m'expliquait ce qu'il faisait, à quoi servait l'enduit qu'il était en train d'appliquer sur le mur au dessus de l'évier en pierre ("du plâtre de décoration"), comme si c'était normal pour lui que je sache.

Ne pas oublier : je ne dois pas me faire mal avec les souvenirs de Léo. Tous ces souvenirs sont un cadeau qu'il m'a fait.

Il y avait à ce moment là une complicité, un échange, un plaisir d'être là et avec l'autre. Pendant que Léo travaillait, je sentais qu'il avait du plaisir à m'avoir avec lui, de partager ce morceau de quotidien avec moi, presque comme si ça avait pu être important pour lui de profiter de passer du temps avec moi.

C'est un souvenir précis qui fait ressortir les nombreuses fois où je sentais de l'intérêt dans son regard lorsqu'il m'écoutait, de la complicité, de l'appréciation.

Jean, le mari de sa belle-sœur, passa aussi deux ou trois étés là-bas, avec sa femme et leur fille. Et moi, vis-à-vis de tout le monde, je ne pouvais pas m'empêcher de taquiner, de plaisanter, de piquer. Jean compris. Pourquoi je faisais ça ? Certainement un mécanisme de défense. Et Léo m'avait prévenu une fois ou deux de ne pas plaisanter aux dépends de Jean, peu adepte du second degré.

Inévitablement, un mot de trop a fini par mettre Jean sur les rails, droit hors de la pièce, s'énervant une fois sorti. Léo vint alors me voir et m'en parla, d'une manière qui laissait entendre que lui et moi partagions ce que Jean était incapable d'endurer à défaut d'apprécier. Il me conseilla de laisser tomber, de ne pas "perdre mon temps" avec Jean, d'oublier ça...

Bref, il ne venait pas me faire des reproches concernant les remarques que moi, un adolescent de 16 ans, avaient faites pour me moquer de Jean, un adulte de 50 ans. Non, il venait pour veiller à mon bien-être autant qu'à celui de Jean. Il venait pour me donner un conseil comme si j'étais capable de maîtriser mon humour bravache d'adolescent, comme si j'en étais capable comme lui l'était, comme si j'étais son égal. Il n'est pas venu comme un adulte venant trouver un enfant pour lui montrer son erreur. Il est venu comme un adulte venant discuter avec son égal.

Je n'ai jamais complètement cessé de me sentir comme un petit enfant, toujours paralysé par la moindre engueulade qui me tombe dessus. Qu'elle vienne de mon père, de mon patron ou d'un inconnu gonflé aux testostérones incapable de réprimer le besoin viril d'écraser quelqu'un pour montrer qu'il est un homme, quel que soit le prétexte.

Sauf avec Léo. Je me sentais comme un adolescent en route vers l'âge adulte, avec l'essentiel en main, les détails à peaufiner plus tard.


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